Ça renvoie directement à la théorie du Defensible Space, apparue en 1972 aux USA. Crime Prevention Through Environmental Design est le sous-titre du livre d'Oscar Newman, qui prône la fermeture des rues et des résidences, et des principes de responsabilisation des habitants très proche de cette Prévention Situationnelle.
Ce qui est drôle dans l'histoire, c'est qu'à l'origine, la théorie de l'espace défendable est apparue pour empêcher le départ des classes moyennes de zones en dégradation (donc favoriser la mixité sociale !!) dans un contexte nord-américain où il ne faut pas compter sur l'intervention étatique...
En somme, les enclaves résidentielles accroîtraient la mixité sociale. J'ai du rater un épisode, là.
Pour la discussion: Loïc Wacquant met en garde dans cet article : "Pour en finir avec le mythe des « cités-ghettos ». Les différences entre la France et les États-Unis." (disponible en ligne ici: http://www.homme-moderne.org/societe/socio/wacquant/ghetto.html ) contre l'emploi à outrance du mot "ghetto" pour désigner la situation française. Non pas au nom d'une quelconque pudeur euphémisante, mais par honnêteté sociologique: le ghetto américain fonctionnerait en autonomie (économique, de services, de loisirs etc), comme une "ville noire" (il insiste sur le fait qu'on rencontre très peu de blancs dans ces quartiers) à côté de la ville. Ce qui n'est pas le cas dans nos "banlieues" ou même dans les quartiers de Paris qui accueillent une communauté en particulier (chinoise etc..). Cette précision n'atténue en rien le constat des discriminations scandaleuses que le livre de Maurin semble démontrer... Maintenant, un titre comme "Le ghetto français" surfe sans doute sur la vague un peu sensationnaliste, et accroche peut-être plus le regard que "ségrégation à la française"...
Lucie : pour le titre du bouquin je parierais sur la responsabilité de l'éditeur. Un peu de poudre sensationnaliste pour faire prendre la sauce...
Ceci dit deux remarques : d'abord, le fait que le terme de "ghetto" ne provient pas des Etats-Unis. Ensuite, je suis d'accord pour dire que les situations nord-américaine et française ne sont pas comparables en tous points - la construction urbaine aux Etats-Unis est marquée par cette ghettoisation justement, qu'elle soit positive ou négative.
Par contre, ce qui me dérange le plus (et ça va surement dans le sens de Wacquant, je n'ai pas encore lu complètement son texte et avec un peu de chance je suis en train de répéter ce qu'il écrit...), c'est que l'expression renvoie à une certaine homogénéité ethnique qui est beaucoup moins vraie en France qu'aux Etats-Unis, même si on la rencontre parfois.
Mais je m'arrête là pour aller lire cet article qui m'a l'air bien complet !